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Interview exclusif – Député HATREFINDRAZANA Jerry

Interview exclusif – Député HATREFINDRAZANA Jerry

décembre 04
20:04 2014

HATREFINDRAZANA JERRY

On préfère que Fort-Dauphin soit plus une ville touristique que minière

 

 

 

Mada Top Info(MTI) : L’implantation de la société Qmm a eu sûrement  des impacts positifs sur la ville de Fort-Dauphin, pouvez-vous nous dire plus sur ce sujet ?

Hatrefindrazana Jerry (HJ) : Effectivement, l’arrivé du QIT Madagascar Minerals, filiale du groupe Rio Tinto, a apporté plusieurs bénéfices à la Région d’Anosy et surtout à la ville de Fort-Dauphin. La Région perçoit la ristourne stipulée par la loi qui est de 2% des valeurs déclarés concernant les produits exportés. Avec la construction et la mise en exercice de ce grand projet, 2 750 natifs de la Région d’Anosy ont été embauchés par la société. L’existence de cette activité a aussi créé, indirectement, plusieurs milliers d’emplois. Par ailleurs, grâce, toujours, à ce grand projet, la ville de Fort-Dauphin a désormais accès à l’électricité et à l’eau potable.

 

MTI : Pouvez-vous nous dire les revers de l’extraction minière dans la ville de Fort-Dauphin ?

HJ : Contrairement aux impacts positifs qui étaient seulement aux nombres de trois, les revers sont malheureusement nombreux. En premier lieu, on rencontre une propagation des rayons radioactifs. On sait que dans certaines parties de l’usine d’extraction, les employés ont avec eux des dosimètres. Ces appareils servent à mesurer la dose radioactive ou l’équivalent de dose reçue par une personne exposée à un rayonnement radioactive. En second lieu, les produits issus des minerais sont extrêmement nocifs et entrainent une pollution. Prenons le cas des villages dans les communes d’Ampasy Nahampoana et de Mandromondromotra où on a installé l’usine. Les feuilles de certains arbres noircissent à cause de la poussière d’ilménite. Et puis, l’existence des impacts de ce grand projet par rapport à la population locale n’est pas très tangible. Finalement, l’implantation de ce projet a favorisé l’inflation à Fort-Dauphin.

 

MTI : Vous dites que l’implantation de Qmm à Fort-Dauphin n’a presque eu aucun impact sur la population locale, pouvez-vous en dire plus ?

HJ : Contre toute attente, Fort-Dauphin ne profite pas de l’existence de ce grand projet d’extraction miniere. Le port d’Ehoala a été construit, géré et utilisé par Qmm. Cette société considère ce port comme sa propriété privée et en tire seule tous les profits. Elle agisse tel un promoteur d’investissement et trouve des locataires pour les 400ha du Parc industriel d’Ehoala. Questionnée à ce sujet, elle affirme que le fait de louer le local auprès de l’APMF lui permet, à son tour, de le sous-louer à d’autres locataires. Ces derniers vont payer un loyer auprès de la Qmm. Passons à l’électricité maintenant. Qmm possède 4 groupes électrogènes dont 3 fournissent de l’électricité pour l’usine, pour le village des employés et pour leur investissement. Le dernier groupe fournit l’électricité de la ville de Fort-Dauphin. Pour l’électricité destinée à l’usine, Qmm ne paie ni impôt ni taxe. Pourtant, l’électricité dans le village n’est pas gratuite mais payante. Parfois on a l’impression que la ville paie à sa place vu le cout élevé de l’électricité. En effet,  la Jirama achète à crédit ledit groupe sur une échéance de 10 ans. Les frais de maintenances faites par la Qmm sont aussi à la charge de la Jirama. En plus, la Jirama doit payer les carburants auprès de la Jovenna. La dépense en carburants est calculée selon la consommation de la ville en Kwh. Dans ces cas, toutes les dépenses engagées par la Jirama concernant le groupe et l’électricité sont basées sur des calculs théoriques en provenance de la Qmm. Ainsi, la véracité de ces chiffres est discutable. Tout compte fait, Qmm fait une affaire florissante avec nous.

MTI : l’existence de la Qmm a-t-elle résolu le chômage dans la Région ?

HJ : Honnêtement, je peux vous dire qu’elle n’a rien résolu. Avec la Qmm, la Région a crée la «Maison de l’Emploi de la Région Anosy» ou Mera. La Mera propose des personnes lors des recrutements faite par la Qmm, et cette dernière devrait choisir parmi ces propositions. On note toutefois que la Qmm ne choisisse pas uniquement via ces propositions de personnel mais effectue des recrutements ailleurs. Donc, Qmm ne respecte pas l’accord faite avant la mise en place de la Mera. La répartition des personnels issus de la population locale est injuste. En effet, la population locale est surtout embauchée pour des travaux nécessitant l’utilisation de la force. Les postes d’encadrement  sont détenus à 15% par les autochtones. Cette répartition est insatisfaisante vu que la Région d’Anosy possède des jeunes diplômés capables de travailler comme cadres dans l’usine.

 

MTI : Que proposez-vous afin de résoudre ces problèmes ?

HJ : Normalement, l’électricité et l’eau devraient être gratuites pour la ville de Fort-Dauphin. En effet, on a l’impression qu’on paie la dépense faite par la Qmm. Ainsi l’approvisionnement en eau et en électricité n’est qu’un «cadeau empoisonné». La Qmm devrait régulariser les impayés concernant le contrat de bail. Ce contrat stipule que cette société d’extraction minière devrait verser une certaine somme à la Région pour la location du terrain. Pourtant, depuis 5 ans elle n’a rien payé. Après une régularisation des impayés, ce contrat devrait être renégocié afin de ne pas trop favoriser cette société au détriment de la population locale. Finalement, des solutions techniques devraient être prises pour que les produits extraits des minerais n’affectent pas le milieu environnant que ce soit au niveau du port ou au niveau de l’usine. La Qmm devrait effectuer une expertise afin de rassurer la population locale concernant les risques encourus face à ces produits chimiques.

 

MTI : Souhaitez-vous dire autres choses ?

HJ : Fort-Dauphin est la troisième ville touristique de Madagascar. Qmm affirme toujours qu’il est possible de rallier ville minière et ville touristique. Personnellement, je pense que ce n’est pas possible. Mais si c’est possible, je voudrais qu’on priorise d’abord le fait qu’on soit une ville touristique à forte potentialité. En partant du tourisme balnéaire, passant  à l’écotourisme sans oublier le tourisme des montagnes, surtout avec le passage saisonnier des baleines et la valse des dauphins au large de nos côtes, Fort-Dauphin est une destination très prisée par les touristes. Si l’extraction minière ne profite pas à la population locale, laissons-la de coté et soyons une ville touristique telle qu’on l’a toujours été. Notons que le tourisme rapporte beaucoup aux autochtones.

 

Propos recueilli par Annie Andriherisoa

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